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Le journal · Avant-première

Collioure, ma prochaine Mariannière

Avant les photos et la parution, je vous ouvre les portes de l’atelier : Collioure, ma nouvelle Mariannière, née de ma première collaboration avec Les Petites Potions. Sa construction pas à pas, les choix derrière chaque étape, et les deux manches et deux finitions entre lesquelles vous pourrez choisir.

· 10 min de lecture

Schéma de Collioure, une marinière à larges rayures, dans ses deux versions : manches ballon et corps resserré, manches ajustées et corps souple

D’habitude, je vous présente un modèle le jour où il paraît, avec ses photos et son patron terminé. Tout ce qui s’est passé avant reste dans l’atelier.

Cette fois, j’ai eu envie de faire autrement. Collioure est en ce moment entre les mains de mes testeuses, et avant qu’il n’arrive sur vos aiguilles, je voulais vous raconter comment il s’est construit : d’où vient son nom, pourquoi il commence par les épaules, ce qui a changé pendant le test et les choix que vous aurez à faire en le tricotant.

Une avant-première, en quelque sorte. Avec des schémas plutôt que des photos… ou presque.

Une nouvelle Mariannière

Collioure rejoint ma collection Mariannière, cette série de modèles dans lesquels je réinterprète à ma façon l’incontournable marinière. Louët, Ar Men, Espiguette, Gatteville ou Mean Ruz en font déjà partie, chacun avec sa propre forme, son propre rythme de rayures et son propre détail de construction.

Pour celle-ci, j’avais envie d’une marinière douce et lumineuse. De larges rayures, une silhouette confortable, une encolure large qui dégage le cou, et des manches légèrement bouffantes. Un grand classique, mais dans une version résolument contemporaine.

Un nom choisi à deux

Collioure marque ma première collaboration avec Les Petites Potions. Et pour la première fois, le nom d’une de mes Mariannières n’a pas été choisi par moi seule : c’est avec Deborah, des Petites Potions, que nous avons retenu ensemble celui de Collioure.

J’aime l’idée que ce modèle porte dès son nom la trace de cette collaboration. Il est né d’un échange, autour d’un fil et d’une envie commune, et son nom en garde le souvenir.

L’Obsidienne, et un jersey fin

Le fil, c’est l’Obsidienne des Petites Potions : un mélange de yak et de soie d’une douceur exceptionnelle. Sa fluidité, son tombé naturel et sa subtile luminosité mettent parfaitement en valeur le rythme des rayures.

C’est lui qui a guidé l’échantillon. Je voulais un jersey fin, souple, qui laisse la matière tomber plutôt que de la tenir : 26 mailles et 36 rangs pour 10 cm, sur des aiguilles de 3.25 mm. Avec un fil comme celui-ci, une maille trop serrée aurait figé le tissu, et c’est justement sa fluidité qui donne aux manches ballon et au bas resserré leur mouvement.

Le modèle demande deux coloris : de 910 à 2080 m pour le coloris principal, soit 3 à 6 écheveaux selon la taille, et de 260 à 590 m pour le coloris contrastant, soit 1 ou 2 écheveaux. J’ai calculé ce métrage en pensant aux manches ballon, les plus gourmandes des deux : quelle que soit la version que vous choisirez, vous ne manquerez pas de fil.

Le rythme des rayures

Les rayures de Collioure suivent un rythme en quatre temps : 10 rangs dans le coloris principal, 2 rangs dans le coloris contrastant, 4 rangs dans le coloris principal, puis à nouveau 2 rangs contrastants.

Ce sont donc des rayures doubles, deux fines lignes rapprochées qui reviennent tous les 18 rangs, soit environ tous les 5 cm à l’échantillon. De loin, on lit une marinière. De près, on découvre ce petit jeu de rythme que j’aime beaucoup, plus léger qu’une large bande unie.

Elles courent sur tout le vêtement, du haut des épaules jusqu’aux côtes, puis continuent sur les manches. Et c’est en partie pour elles que la construction est ce qu’elle est.

Tout commence par les épaules

Collioure se tricote du haut vers le bas, sans aucune couture. Mais plutôt que de commencer par l’encolure, comme beaucoup de pulls top-down, il commence par les épaules.

Chacune est tricotée à plat, séparément, à partir de 8 mailles seulement. Deux marqueurs isolent les quatre mailles du centre : elles dessinent une fine ligne au sommet de l’épaule, et les augmentations se font de part et d’autre, sur le devant et sur le dos.

Au bout de quelques rangs, on monte des mailles en début de rang, 3, puis 4, puis 5. Ce sont elles qui dessinent la courbe de l’encolure, devant et dos. En les montant ainsi par paliers, l’encolure prend une forme large et peu profonde, qui reste nette sans avoir besoin de rangs raccourcis.

Une fois les deux épaules terminées, on les réunit en rond en montant les mailles du milieu du devant et du milieu du dos. À partir de là, tout se tricote en rond.

Zoom sur le haut de Collioure : l’encolure large bordée de côtes et le haut des épaules rayées, qui se prolongent sur le bras
L’encolure large et les épaules : les rayures restent droites jusqu’en haut du vêtement.

Des épaules qui glissent sur le bras

Après la jonction, les augmentations continuent à chaque tour, toujours de chaque côté des quatre mailles d’épaule. Seuls le devant et le dos s’élargissent : les quatre mailles, elles, ne bougent pas. Elles attendent la manche.

C’est ce choix qui donne à Collioure sa silhouette. Le haut du vêtement s’élargit sans former de lignes de raglan en diagonale, et les rayures restent parfaitement horizontales sur le devant et le dos, jusqu’au sommet de l’épaule. L’épaule, elle, se prolonge légèrement sur le bras, comme vous le voyez sur le schéma.

Ce prolongement a une conséquence que l’on ne remarque pas forcément au premier coup d’œil : plus la taille est grande, plus le devant est large, et plus l’épaule descend bas sur le bras. Pour que le poignet tombe au bon endroit dans toutes les tailles, les manches raccourcissent donc à mesure que les tailles augmentent. La manche ballon mesure 43 cm jusqu’à la taille 7, puis diminue progressivement jusqu’à 37.5 cm en taille 16.

Séparer le devant et le dos

Quand les épaules ont atteint leur largeur, vient la séparation. On tricote un tour complet en plaçant au fur et à mesure chaque partie en attente : la première épaule, le dos, la seconde épaule. Le devant, lui, reste sur l’aiguille.

Une testeuse m’a demandé pourquoi ce tour complet, alors qu’on pourrait partir directement en aller-retour sur le devant. Sa méthode marche aussi, et donne exactement le même résultat. Mais j’ai gardé ce tour : il facilite la mise en attente, puisque chaque partie passe sur l’aiguille au moment où on la place de côté, sans avoir à compter ni à chercher ses marqueurs.

Le devant et le dos se tricotent ensuite chacun à plat. C’est cette partie qui forme la profondeur des emmanchures : de 20 à 27 cm selon la taille, mesurés depuis la séparation. Les travailler séparément permet de régler cette profondeur indépendamment de la largeur des épaules.

Puis on réunit tout en montant quatre mailles sous chaque bras, et le corps continue en rond jusqu’aux finitions.

Les manches, relevées tout autour de l’emmanchure

Les manches ne se tricotent pas à part. On relève les mailles tout autour de l’emmanchure, en partant du milieu de l’aisselle, et en reprenant au passage les quatre mailles d’épaule laissées en attente.

La petite ligne qui part de l’encolure se prolonge ainsi jusqu’en haut de la manche, sans couture ni raccord. Les manches se tricotent ensuite en rond, en continuant les rayures, et c’est là qu’intervient votre premier choix.

Zoom sur les deux manches de Collioure côte à côte : à gauche la manche ballon froncée dans un long poignet côtelé, à droite la manche ajustée qui s’affine jusqu’au poignet
À gauche, la manche ballon. À droite, la manche ajustée.

La manche ballon garde toute son ampleur jusqu’au poignet. Là, on diminue la moitié des mailles en un seul tour, en tricotant toutes les mailles deux par deux, avant d’enchaîner 10 cm de côtes 1/1 aux plus petites aiguilles. C’est ce changement brutal qui fronce le bas de la manche, et ce long poignet qui retient le volume et lui donne son allure bouffante.

La manche ajustée, elle, est née d’un essayage pendant le test : la manche ballon ne convient pas à tout le monde, et il m’a semblé important de proposer une alternative. Elle s’affine régulièrement le long du bras, avec une diminution de chaque côté tous les 3 à 5 rangs selon la taille, puis se termine par les mêmes 10 cm de côtes. Plus près du bras, plus sobre, elle laisse toute la place aux rayures.

Deux finitions pour le bas du corps

Le bas du corps se termine lui aussi de deux façons, et c’est votre second choix.

Au départ, le patron n’en proposait qu’une : un rang de diminutions qui retire environ 10 % des mailles avant les côtes. Mais une fois porté, le bas ne se resserrait pas assez. Ce n’était pas fidèle au dessin que j’avais en tête.

J’ai donc ajouté une seconde finition, plus marquée. Plutôt que de modifier la première, j’ai préféré garder les deux, comme pour les manches.

Zoom sur le bas du corps de Collioure : en haut la finition resserrée, froncée au-dessus des côtes, en bas la finition souple, qui tombe droit
En haut, la finition resserrée. En bas, la finition souple.

La finition souple garde ce rang de diminutions léger : le corps tombe presque droit dans ses côtes. La finition resserrée retire un quart des mailles juste avant les côtes, en tricotant deux mailles ensemble toutes les quatre mailles. Le bas du pull se resserre nettement, et le corps blouse légèrement au-dessus, comme sur le schéma.

Dans les deux cas, les côtes se tricotent dans le coloris contrastant, comme celles des poignets. Elles encadrent les rayures et soulignent la silhouette.

Le test a aussi permis d’ajuster la longueur : le corps a été raccourci de 6 cm dans toutes les tailles après un essayage. Et comme pour les manches, le patron vous indique combien de centimètres tricoter avant les côtes pour obtenir exactement la longueur que vous souhaitez.

Une encolure discrète

Il ne reste plus que l’encolure. On y relève les mailles aux plus petites aiguilles, dans le coloris principal, pour 4 rangs de côtes 1/1 seulement.

Je voulais une bordure fine, presque invisible, qui laisse la ligne de l’encolure faire son travail. Le nombre de mailles à relever a d’ailleurs été recalculé pendant le test, au plus près du bord : une maille dans chaque maille montée, et 3 mailles pour 4 rangs le long des côtés. Ainsi, l’encolure tombe juste.

Un schéma redessiné pendant le test

Le schéma lui-même a évolué. Une testeuse m’a fait remarquer qu’il ne montrait pas vraiment le pull fini, et m’a proposé de dessiner les deux versions côte à côte. J’ai trouvé l’idée excellente.

Il montre maintenant, d’un côté, les manches ballon avec le corps resserré, et de l’autre, les manches ajustées avec le corps souple, avec des poignets à leur vraie longueur. Vous le retrouverez en page 1 et en page 3 du patron.

Schéma technique de Collioure vu de face, avec à gauche les manches ballon et le corps resserré, et à droite les manches ajustées et le corps souple
Le schéma de Collioure : manches ballon et corps resserré d’un côté, manches ajustées et corps souple de l’autre.

Ce sont deux propositions, pas deux modèles figés. Manches ballon avec un corps souple, manches ajustées avec un corps resserré : à vous de choisir l’association qui vous ressemble.

Ce que les tests apportent

En relisant ce parcours, je me rends compte à quel point Collioure doit à ses testeuses. Une manche entière, une finition, la longueur du corps, l’encolure, le schéma : chaque question, chaque essayage a fait avancer le modèle.

C’est tout l’intérêt de cette étape, et c’est aussi pour cela que j’avais envie de vous la raconter. Merci à elles pour leur regard et leur patience.

Les tailles

Collioure est proposé en 16 tailles, pour un tour de buste du vêtement terminé allant de 95 à 177 cm. Je vous conseille une aisance positive de 14 à 18 cm.

Le patron tient en 8 pages. Tout y est écrit rang par rang, sans diagramme, avec un tableau des mesures en page 3 pour vous aider à choisir votre taille.

Bientôt sur vos aiguilles

Collioure termine tranquillement son test. Je vous le présenterai très bientôt, en entier, avec ses photos et ses couleurs.

En attendant, je ne résiste pas à l’envie de vous en montrer un petit morceau.

Le bas d’un pull Collioure tricoté et pas encore bloqué, vert très foncé à fines rayures vert vif, avec ses manches ballon froncées dans leurs poignets côtelés et son bas resserré
Un premier aperçu de Collioure, non bloqué : les manches ballon et la finition resserrée.

Et vous, dites-moi en commentaire : plutôt manches ballon ou manches ajustées ? Corps souple ou resserré ?

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